Je m'explique:
Que les fumeurs, en toute connaissance de cause, décident de réduire notablement leur espérance de vie, cela me dérange peu. J'ai bien dit 'peu' et non 'pas' car il n'est pas du tout évident que les taxes perçues par l'état sur les cigarettes couvrent les frais exorbitant engendrés par le traitement des maladies cardiovasculaires et autres cancers qui sont le lot de presque tous les fumeurs. Que demain en France quelques millions de barjos en guise de détente se frappent consciencieusement le crâne avec un marteau plusieurs fois par jour. Continuerait-on longtemps à leur vendre des marteaux et à financer les soins des traumatismes crâniens ? Rien n'est moins sûr...
Par ailleurs, si une substance telle que la nicotine devait faire son apparition de nos jours, il est absolument certain qu'elle serait classée de fait dans la catégorie des drogues dures et instantanément prohibée.
Au lieu de cela, on continue de vendre des paquets de cigarettes à côtés des chewing-gums et des billets de loterie...
Toutes ces considérations sont cependant de moindre importance et on pourrait à -in-juste titre me dire que chacun est libre de faire ce qu'il veut de sa santé.
En revanche, que ces mêmes fumeurs s'octroient le droit de réduire l'espérance de vie des non-fumeurs, je crois qu'il y a là une tyrannie inacceptable. En effet, chaque année en France, près de 3 000 décès par cancers sont directement liés à la tabagie passive -en clair, pour ceux qui n'auraient pas bien compris, cela signifie que 3 000 non-fumeurs se tapent un cancer pour avoir inhalé malgré eux la fumée des fumeurs !
Alors bien sûr, des solutions existent pour ne pas subir ce diktat de la nicotine, ce sont celles que je mets en application tous les jours: je ne vais plus au restaurant car au mépris de la loi, en France, pas un seul n'est en mesure d'offrir un véritable espace non-fumeur; je ne vais plus au concert car là aussi, en toute illégalité, le tabac est roi -sauf peut-être aux spectacles de Patrick Sevran et Mireille Mathieu- et je décline enfin les invitations des amis fumeurs car je sais qu'inévitablement, à de très rares exceptions près, la soirée va virer à l'enfumade collective.
En toute objectivité, il faudrait ici noter que sous d'autres cieux, là où le respect de la loi n'est pas écrit que dans la loi, l'interdiction de fumer dans les lieux publics est respectée et la cohabitation fumeurs-non fumeurs est moins sujette à polémique. Même au Royaume-uni où les pubs étaient enfumés depuis des siècles, la cigarette n'a désormais plus droit de cité. Mais en France, c'est bien connu, il est "interdit d'interdire" et de ce fait, la loi Evin comme tant d'autres n'est qu'un bel essai littéraire...
Quoi qu'il en soit, bon gré mal gré, je m'accomode de ces contraintes, mais que penser de l'employé non-fumeur dont le patron au mépris de la loi autorise son personnel à fumer au bureau, de l'amateur de rock qui doit subir inévitablement la tabagie de ses acolytes, de l'enfant ou même du foetus qui se fait empoisonner sciemment par ses parents fumeurs ?
Qu'après cela on ose parfois présenter le comportement des non-fumeurs comme liberticide me paraît tout bonnement hallucinant car être fumeur ou non ce n'est pas comme aimer le fromage ou le dessert.
Il faut ici rappeler quelques évidences essentielles, autant de déclinaisons autour du même thème: "ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui".
Le fumeur par son comportement implique inévitablement son entourage, ce qui n'est tout simplement pas le cas du non-fumeur. Malgré cela, par la force de l'habitude, il est de rigueur de ne pas être gêné par le tabac, mais seulement par le tabac:
Que je gare mon scooter devant la terrasse d'un café en laissant le moteur tourner, que je me pointe dans un bar avec ma radio portative allumée ou que j'entreprenne de brûler un simple bâton d'encens dans un restaurant, je serais alors rapidement invité, à cesser mes activités. Pourquoi donc ? Parce qu'en toute légitimité, me dira-t-on, je n'ai pas à empoisonner mes voisins ni à faire subir mes choix à mon entourage. Nombreux sont ceux qui s'accorderont avec cette dernière remarque, ceux là même sans doute qui trouvent tout à fait normal que l'on fume dans une salle de restaurant, un bar ou une salle des profs...
J'ai dressé dans cette bafouille un portrait bien pitoyable du fumeur. Parmi eux en effet, nombreux sont ceux qui d'une façon ou d'une autre profitent du consensus évoqué plus haut pour fumer là où le bon sens et le respect d'autrui devrait le leur interdire. Auprès des quelques braves qui malgré tout respectent les règles du jeu du savoir-vivre, et ont le courage de n'empoisonner qu'eux, je m'excuse pour ce titre un tant soit peu provocateur.
En revanche, je l'assume pleinement auprès de tous les autres.
Que ces lignes vous aient choqué ou emballé, vos réactions m'intéressent.
Je les mettrai en ligne avec votre consentement !!!


